Taulet de la Collégiale Sainte Waudru

La Connaissance Vivante

L’Id√©e pure est l’expression informelle de la R√©alit√© supr√™me.

Elle est le rayon de l’Absolu, Fils unique de Dieu.

Elle est la source de toute existence, v√©ritable concret transcendant o√Ļ brille glorieux le myst√®re de la Divinit√© trine, o√Ļ plongent les racines de l’homme.

Elle engendre l’intelligence, la Raison et ses op√©rations. Elle est comme une substance vive, dont l’exp√©rience pr√©gnante r√©v√®le √† la conscience qu’elle cr√©e, l’Invariant c√©leste, l’Axiome primordial distinct de ses propres cr√©ations.

Elle est Lumi√®re de la Connaissance, feu de l’√©nergie spirituelle, Personnalit√© vivante dans le Moi humain qui re√ßoit ses intensit√©s ; elle maintient tout l’√™tre et donne puissance aux sentiments, aux sens, les harmonisant, les commandant par ses irradiations.

C’est elle seule, qui nous reste apr√®s nos d√©saccords, nos contradictions; ses dimensions m√©taphysiques et surnaturelles nous d√©passent infiniment parce qu’en elle Dieu r√©side1. Le plus souvent nous ignorons cette Pens√©e pure, parce que la multiplicit√© des sens nous captive et nous attire en des bas-fonds troubles, loin des clart√©s de l’Esprit.

Cependant, pour mieux se faire conna√ģtre et pour qu’elle demeure immacul√©e et noble, au-dessus de nos col√®res, de nos orgueils, de nos d√©sespoirs, de nos esclavages, cette Id√©e pure, supr√™me, qui est vie et lumi√®re, au cours de l’histoire, montra son visage d’amour en la Personne de Notre-Seigneur J√©sus-Christ. D√®s lors tous les hommes furent invit√©s √† la conqu√™te de la V√©rit√©, √† la Queste du Sacr√©.

Aujourd’hui comme autrefois, comme au temps des l√©gendaires chevaliers du Saint Graal : poursuivre la Queste divine, ou la recherche de l’Absolu, est la plus noble des aventures en laquelle s’engagent avec enthousiasme les chercheurs, les artistes, les po√®tes.

Et qui d’entre nous, par le don de l’esprit, n’est pas plus ou moins l’un de ceux-I√† ?

H√©siterions-nous, puisqu’au terme de cette Queste ardente, s’√©panouira notre tact spirituel, s’agrandira notre personnalit√©, s’assurera notre salut ?

Mais si notre destin√©e est grande, ce que nous sommes en dehors d’elle est une exp√©rience douloureuse, qui explique la souffrance universelle.

L’homme individuel est un √™tre faible moralement, physiquement ; ses facult√©s peuvent s’affaiblir, faire place √† la nuit ; les lois de la relativit√© l’emprisonnent dans un monde de rigueur et les pr√©visions les plus scientifiques sont domin√©es toujours par l’irrationnel, qui jette l’esprit dans le d√©sarroi, lorsque l’homme dresse le mat√©riel contre le spirituel ; encha√ģn√© au discursif mental, savoir par reflet, ses √©lans vers la libert√© tournent aveugl√©ment dans le cercle sans fin du d√©terminisme.

Cependant l’homme doit poursuivre sa haute destin√©e, se lib√©rer ; l’Evangile l’y invite. Du point de vue int√©rieur, d’une logique ant√©rieure √† l’esprit, il poss√®de des richesses surnaturelles, dont le Christ sur le Golgotha l’a investi ; mais le mat√©rialisme et l’agnosticisme qu’il subit passivement r√©duisent ses pouvoirs √† n√©ant.

De plus, ces richesses sont m√™l√©es √† l’imm√©diat du corps humain, qui est l’objet de tant de soins, et cette forme corporelle contient toute une science anatomique, esth√©tique, etc. Elle r√©v√®le en m√™me temps toute une s√©rie de myst√®res : fluide du sang, √©lectricit√© nerveuse, qui se m√™lent aux cellules, aux chromosomes, aux g√®nes ; autres myst√®res plus profonds, qui nous jettent sur le seuil de l’invisible physiologique. Et cet invisible, en s’approfondissant int√©rieurement, devient ultra-vital, supra-sensible, surnaturel et s’ins√®re quand m√™me, selon une dimension inconnue, dans chacun des organes, ob√©issant √† une loi d’harmonie dont la clef repose en la Pens√©e supr√™me de Dieu ; Pens√©e qui dans l’homme est le centre de son √™tre, son cŇďur spirituel, plac√© √† la jonction du fini et de l’Infini, sur les rives d’un oc√©an de vie et de lumi√®re.

Et ce cŇďur est aussi une arche incorporelle, un vase d’√©lection, un Graal qui re√ßoit les apports des sens, mais qui, lorsqu’on le ferme √† l’ext√©rieur et qu’on le creuse profond√©ment par la Queste spirituelle, laisse jaillir par gr√Ęce une lumi√®re immuable, p√©n√©trant int√©rieurement √† travers lui, et venant de l’au-del√† de la plage lumineuse qu’il habite.

Ce cŇďur intelligent est l’essence m√™me de l’homme, ce qu’il y a de plus parfait en lui, substance vive au double portail ouvrant sur le fini et l’Infini, substance vive qui contient les arch√©types de nos activit√©s mentales et physiques et qui doit r√©gir harmonieusement nos id√©es, nos sentiments et nos sens.

C’est une Pens√©e divine pleine de gloire, d’√©nergie qui vient du Verbe √©ternel, comme le rayon vient du Soleil ; elle purifie comme une eau lustrale, elle exalte comme un ar√īme c√©leste ; elle enracine la volont√© dans la force principielle, ou Verbe de Dieu, tandis qu’√©clate plus haut, comme un Soleil dans l’unit√©, la Connaisance vivante.

Mais conqu√©rir cette Connaissance vivante est une v√©ritable Queste, car, au milieu des difficult√©s que rencontre l’esprit humain d√©j√† li√© aux attraits des mondes inf√©rieurs, cette Connaissance pr√©sente des degr√©s dans son obtention, et il est facile, en raison de nos imperfections originelles, de s’enivrer des vins falsifi√©s de la fausse intellectualit√©.

Aussi, arrachons-nous aux prestiges trompeurs des id√©ologies, prenons conscience de notre √™tre, de notre grandeur, comme miroir vivant de l’Absolu, de notre dignit√© dont la racine est en Dieu.

Montons jusqu’√† notre cŇďur, et l√† poursuivons le p√©lerinage de notre pens√©e vers sa source cr√©atrice.

La Connaissance vivante est la saisie par l’intelligence de la Pens√©e, mais de la Pens√©e pure qui √©mane du CŇďur de Dieu ; et parcourir son cycle commence √† l’impression sensible, passe par l’image, le g√©n√©ral, l’universel pour atteindre le pur intelligible. L’intellection inconditionn√©e, la Pens√©e nue, Vierge c√©leste d’o√Ļ jaillit la lumi√®re surnaturelle, don de l’Absolu.

Mais cette Pens√©e pure, √©clat √©blouissant du CŇďur de Dieu, implique dans ses activit√©s, √† force de profondeur, inanalysable par cons√©quent √† l’intellect discursif, une intensit√© paisible, unifiante, et, sous cet aspect de Conscience infinie, contemplative de sa propre activit√©, s’√©l√®ve une aspiration qui est le motif le plus fort de la Connaissance : l’Amour.

L’Amour porte alors l’id√©e vers la Pens√©e d√©couverte par l’intelligence et produit le scellement d’effusion entre l’essence et la substance, le conna√ģtre et l’√™tre, o√Ļ se r√©v√®le dans le non-temps, l’√©clat de l’unit√© divine, unit√© de la Volont√© et de l’Intelligence dans la Pens√©e pure, unit√© o√Ļ dans l’ordre dynamique l’intelligence est de la volont√© diffus√©e et la volont√© de l’intelligence concentr√©e.

L’Amour et la Connaissance ne sont donc point s√©par√©s ; ils se poursuivent, ils se rencontrent, ils se contemplent √©ternellement ; mais, unis aux objets terrestres, ils ob√©issent au d√©roulement du temps, et en raison de nos tendances de temp√©rament, nous pr√©f√©rons plut√īt l’une que l’autre, ce qui cr√©e en nous, des degr√©s de sagesse qu’en son essence la Connaissance vivante ne peut subir, car elle est l’int√©grit√© divine absolue, la Beaut√© supr√™me, la M√®re Sagesse.

En elle s’explicitent, dans le simultan√© de l’Eternit√©, les processions des trois Personnes de la Sainte Trinit√© : Le P√®re, le Fils, le Saint-Esprit.

Or, l’attrait de la Connaissance, souvenir des origines premi√®res, de l’Eden perdu, s’exerce sur l’homme √† travers les lointains de l’Histoire  et les Traditions racontent √† l’envi, en termes √©mouvants, les efforts de l’homme pour retrouver la Connaissance √©ternellement vivante.

En effet, les légendes, le folklore, sous le merveilleux de leurs récits, rappellent les splendeurs de la Connaissance oubliée.

Nous pourrions citer toutes les l√©gendes de l’antiquit√©, mais, Occidentaux, nous raconterons celle du Saint Graal qu’aimait le moyen √Ęge pour sa haute po√©sie, et surtout pour sa v√©rit√© doctrinale.

Gundestrup Cauldron

Les Celtes : 5000 ans d’histoire

C’est aux environs du troisi√®me mill√©naire avant J.-C. qu’apparaissent les Celtes en Europe. Branche occidentale de la famille indo-europ√©enne, ils y p√©n√®trent d’abord par l’Est et le Sud-Est. Ils y trouvent, bien s√Ľr, des populations autochtones, les Ligures, de qui ils re√ßoivent en h√©ritage, p√™le-m√™le, des techniques (travail du bois et de la pierre, agriculture, interdit port√©, semble-t-il, contre l’√©criture comme d√©fi √† l’√©ternel retour de la mouvance divine), une religion au riche et vaste panth√©on, une tradition sociale qui privil√©gie de fa√ßon frappante le r√īle de la femme – et enfin l’√©nigmatique civilisation des m√©galithes qui remonte sans doute √† la nuit des temps, et que les Ligures eux-m√™mes ont h√©rit√©e d’autres peuplades.

Dolmens, menhirs, cromlechs, alignements : tous ces étranges monuments, datant probablement des environs de 5000 av. J.-C., plantent le décor de la liturgie celtique. Peut-être les Druides eux-mêmes, grands prêtres des mégalithes, ont-ils puisé leur sacerdoce dans un lointain passé pré-celtique ?

Les fouilles permettent de d√©terminer que, d√®s 1200 avant J.-C., la Suisse, une partie de l’Allemagne et de la Gaule, la Catalogne et l’Italie du Nord, √©taient occup√©es par les Celtes. C’est donc de cette √©poque que l’on peut dater avec certitude leur √©mergence en Europe.

Expansion et déclin

A partir de ce bref survol de la pr√©histoire celtique, on comprend √† quel point les doctrines politiques et philosophiques qui, au XXe si√®cle, se r√©clam√®rent d’un pr√©tendu ¬ę¬†berceau¬†¬Ľ de la race celte, reposent sur des bases absurdes.

Ce qui est en revanche certain, c’est que, implant√©es en Europe, les diff√©rentes peuplades celtes vont d√©ferler sur tout le continent, jusqu’√† √©tendre (√† leur apog√©e, vers 250 av. J.-C.) leur ¬ę¬†territoire¬†¬Ľ de l’Irlande √† la Turquie et du Portugal au Danemark…

C’est d’abord l’Asie Mineure, les Balkans, la vall√©e du Danube qui, √† la fin du VIIIe si√®cle, sont ¬ę¬†conquis¬†¬Ľ par les cavaliers cimm√©riens qui imposent aux autochtones, √©galitaires et collectivistes, des structures sociales nouvelles, fond√©es sur l’existence d’une caste aristocratique de cavaliers arm√©s de l’√©p√©e de fer.

Ainsi na√ģt la civilisation du premier √Ęge du fer (ou ¬ę¬†civilisation de Hallstatt¬†¬Ľ, du nom d’un lieu de fouilles autrichien) qui couvrira, au Ve si√®cle, l’Allemagne, la Gaule, la P√©ninsule ib√©rique et les √ģles britanniques.

La classe militaire dominante est organis√©e autour de chefs pour qui sont construites des r√©sidences fortifi√©es (¬ę¬†oppida¬†¬Ľ) et √† qui est rendu un culte fun√©raire particuli√®rement spectaculaire.

Le deuxi√®me √Ęge du fer appara√ģt vers 500 av. J.-C. sous la pression des Scythes. Leur sang neuf, barbare et guerrier, favorise l’√©closion de traditions originales. De l’Europe orientale √† l’Asie centrale et √† l’Iran, appara√ģt un art in√©dit dont les Gaulois h√©riteront. Ainsi la fameuse ¬ę¬†braie¬†¬Ľ, pantalon long des peuples de cavaliers, vient-il sans doute des guerriers scythes.

D√®s lors, la dynamique de l’expansion va jeter les Scythes aux quatre coins de l’Europe. Rome sera m√™me prise et incendi√©e en 385 av. J.-C.¬†! Au-del√† du Rhin, apparaissent de nouvelles peuplades celtes que l’on regroupe sous le nom de ¬ę¬†Belges¬†¬Ľ. Ceux-ci descendront jusqu’en Italie vers 283, seront refoul√©s par les Romains, reflueront jusqu’√† l’actuelle Yougoslavie, puis envahiront la Mac√©doine avant de reculer jusqu’√† l’actuelle Belgrade, puis d√©ferleront √† nouveau jusqu’en Asie Mineure o√Ļ ils fonderont – dans la Turquie actuelle – le royaume des Galates qui existait encore du temps de Saint-Paul¬†! Une autre branche des Belges passera, au IIe si√®cle av. J.-C., en Angleterre.

D√®s cette √©poque, √©tendus sur un immense territoire, les Celtes constituent, face √† la civilisation gr√©co-latine, la plus riche et la plus solide des civilisations barbares. Mais ils ont atteint leur apog√©e. Au cours du 1er si√®cle, sous les coups conjugu√©s des Romains, qui conqui√®rent l’Espagne puis la Gaule, et des Germains qui ravagent l’Europe jusqu’√† la vall√©e du P√ī, la civilisation celtique d√©cline rapidement. La ¬ę¬†pax romana¬†¬Ľ triomphante fait table rase de traditions mill√©naires et poursuit, jusqu’en Angleterre (dont la conqu√™te est achev√©e en 84 de notre √®re, sous Domitien) les restes d’un monde agonisant.

Seules une partie de l’Ecosse et la totalit√© de l’Irlande √©chapperont √† cet √©crasement impos√© par l’ordre romain …

Une permanence culturelle

Au cours des si√®cles qui suivent, la Grande-Bretagne va abriter des bribes de la civilisation celtique qui vont survivre au milieu d’un monde en plein bouleversement. Durant le Ve si√®cle, les √ģles britanniques se soul√®vent contre Rome. Imm√©diatement, r√©apparaissent des royaumes ind√©pendants gouvern√©s par des princes celtiques. A la m√™me √©poque, des Celtes du Pays de Galles et du Sud-Ouest de l’Angleterre immigrent en Armorique, o√Ļ quatre nouveaux royaumes celtiques sont fond√©s.

C’est la renaissance du ¬ę¬†ph√©nix¬†¬Ľ celte, dont on retrouvera bient√īt l’incarnation mythique dans les romans du cycle arthurien …

Convertis tardivement au christianisme (au Ve si√®cle), les Irlandais en deviennent tr√®s vite les plus ardents missionnaires, allant jusqu’√† fonder des monast√®res ¬ę¬†irlandais¬†¬Ľ sur le continent, et √† essaimer jusqu’en Ukraine. Ainsi, battue par les armes, la civilisation celtique survit en s’appropriant la nouvelle religion.

La chute des royaumes celtiques

Mais les royaumes o√Ļ demeurent des fragments de cette antique civilisation vont, peu √† peu, p√Ętir du grand mouvement centralisateur qui s√©vit en Europe d√®s la fin du Moyen-Age. En 1532, la Bretagne est r√©unie au Royaume de France. En 1536, le Pays de Galles est incorpor√© autoritairement √† l’Angleterre par Henri VIII. Quant √† l’√Čcosse, elle est r√©unie d√®s 1609 √† la GrandeBretagne. La r√©pression contre le particularisme √©cossais sera telle qu’en 1746, on pendra un joueur de cornemuse, coupable d’avoir d√©tenu chez lui cet instrument de musique, symbole de la r√©sistance aux Anglais¬†!

Toutes ces conqu√™tes ne se sont pas faites sans verser du sang. Mais c’est certainement en Irlande que la r√©sistance au ¬ę¬†colonisateur¬†¬Ľ anglais sera la plus violente – et bien s√Ľr, cons√©cutivement, la r√©pression y sera souvent atroce.

Pour √©craser les soul√®vements des Irlandais qui refusent de se rallier √† la R√©forme, Cromwell adopte la ¬ę¬†solution d√©finitive¬†¬Ľ de la d√©portation¬†: les autochtones sont chass√©s de leurs terres au profit de nouveaux colons anglais.

Durant tout le XVIIIe et tout le XIXe si√®cle, la situation ne cessera de s’aggraver¬†: tandis que la Grande-Bretagne accentue sa pression, les Irlandais durcissent leurs positions, nourrissant leur sentiment national menac√© en conservant pr√©cieusement les souvenirs – en particulier linguistiques – de la civilisation ga√©lique.

Enfin, en 1920, l’Irish Government Act tranche √† vif dans ce douloureux probl√®me¬†: l’Irlande est coup√©e en deux. Au sud, vingt-six comt√©s obtiennent leur ind√©pendance (l’Eire), tandis que six autres comt√©s, au nord, demeurent.dans le Royaume-Uni et constituent l’Ulster.

Tandis que l’Ulster conna√ģt toujours un climat de semi-guerre civile permanente, l’Eire ne cesse de revendiquer la totalit√© du territoire de l’√ģle.

C’est l’Eire qui, en 2015, repr√©sente l’ultime bastion celtique – dernier souvenir d’une civilisation qui, √† travers mille vicissitudes, est parvenue √† traverser les si√®cles.

[PhotoCC]
Crucifix : Sarlat

Ce gibet noir…

Je me souviens de mon √©tonnement lorsque, visitant √† Rome les catacombes et les sarcophages du mus√©e du Latran, je d√©couvris que la croix √©tait absente de l’art des premiers si√®cles chr√©tiens ou n’y apparaissait que tardivement, comme un troph√©e.

Cet art fun√©raire n’√©tait pas fun√®bre. La pi√©t√© de nos plus lointains anc√™tres dans la foi s’exprimait √† travers des images de r√©surrection : l’arche de No√©, le passage de la mer Rouge, la baleine de Jonas, le retour √† la vie de Lazare.

Quand on lit les √Čp√ģtres de Pierre et de Paul ou les Actes des Ap√ītres, on entend le m√™me langage : nullement l’annonce d’un deuil, fut-il gratifiant, mais la proclamation d’une victoire. ¬ę¬†Ce J√©sus que vous avez crucifi√©, il est ressuscit√© …¬†¬Ľ

Un ouragan de joie noie la mort et transforme le n√©ant en splendeur. Le tombeau cesse d’√™tre un s√©pulcre pour devenir une matrice qui engendre √† la vie nouvelle, dans le triomphe d’un libre amour.

Que s’est-il pass√© pour qu’au long des si√®cles la contemplation de la mort se soit substitu√©e √† la contemplation de la vie et pour qu’au mur de nos chambres un gibet noir ait remplac√© l’arbre de gloire ?

Au d√©tour d’un chemin de campagne, je voyais l’autre jour, dress√© sur le ciel, un cadavre superbe. Clou√© √† deux poutres, le supplici√© semblait encore chaud, la bouche ouverte et le regard √©teint.

Croix plant√©e il y a cinquante ans, √† l’occasion d’une mission. Je n’oublie pas les larmes de compassion que ce spectacle a pu faire na√ģtre, l’obscure et d√©chirante m√©ditation qu’il a nourrie au fond des cŇďurs.

Mais est-ce cela, la Bonne Nouvelle ? Les √Čvangiles s’ach√®vent-ils sur ce mutisme abrupt, cette vision horrible d’un corps sans √Ęme qui n’attend plus que l’ultime charit√© d’un linceul ?

La croix n’est adorable que dans la lumi√®re de P√Ęques. Dans les t√©n√®bres du Calvaire, elle est l’instrument de Satan. Au soir du Vendredi Saint, elle marque la d√©faite de Dieu et scelle le malheur de l’homme.

C’est le signe infamant, chiffre de la d√©rision supr√™me, que le Christ convertit trois jours plus tard en un symbole de d√©livrance.

O bois pr√©cieux, combien salutaire, mais dans la mesure o√Ļ il est un √©tendard, comme le chante au VIe si√®cle Fortunat :

¬ę¬†L’√©tendard du roi s’avance
Le mystère de la croix resplendit,
O√Ļ la Vie a subi la mort
Et par sa mort a rendu la vie.¬†¬Ľ

[PhotoCC]
Galaad adoubé par le roi Arthur

Le message de la chevalerie médiévale

Qu’est-ce donc, en d√©finitive, que la chevalerie¬†? C’est, croyons-nous, un compagnonnage mystique, qui n√©glige les distinctions de richesse et de situation sociale, pour ne rechercher que la d√©couverte de la connaissance, de la sagesse qui assurera le r√®gne de l’amour et de la paix. De cette philosophie d√©coulent des sentiments inconnus de la f√©odalit√© chr√©tienne, entre autres la charit√© sociale, l’√©galit√© et souvent m√™me la supr√©matie morale de la femme, un amour humain qui s’oppose au traditionnel orgueil guerrier. C’est l√† une forme premi√®re du sens social et de la d√©mocratie.

Bien s√Ľr, en tant que telle, la chevalerie tendra ensuite √† dispara√ģtre, annex√©e et d√©form√©e par l’√©glise et les souverains, qui instaureront croisades anti-pa√Įennes, anti-schismatiques, anti-h√©r√©tiques, et ordres dynastiques sous leur d√©pendance, faisant d’une initiation magique1 une d√©coration honorifique. Mais de la nourriture c√©leste, le sel ne s’affadit point¬†; dans le labour de l’esprit, le grain ne meurt jamais. Le spiritualisme chevaleresque, survivant ,par tradition chez les parfaits des si√®cles suivants, fleurira √† nouveau dans les soci√©t√©s de pens√©e du XVIIIe si√®cle et l’√©toile du berger se l√®vera √† nouveau dans un orient qui ne sera plus toujours celui de Rome.

N√© du seul service militaire, spiritualis√©e par la retrouvaille d’une tradition oubli√©e, la chevalerie a disparu en tant qu’institution sociale, mais elle a transmis au monde, avant de s’assoupir, deux vertus qui la caract√©risent¬†: l’esprit de d√©vouement d√©sint√©ress√© au bien commun, et l’esprit d’une aristocratie internationale.

Cet esprit de d√©vouement au bien, c’est la mission volontairement recherch√©e de la divinisation de l’humanit√©. Dans la cha√ģne humaine qui, venue de la nuit des temps, poursuit son cheminement asymptotique vers la divinit√©2, il y a, √† l’extr√©mit√© qui tend vers l’axe divin, le saint, le g√©nie, l’initi√©¬†; √† l’autre, le sauvage primitif ou civilis√©. Il serait vain de pr√©tendre qu’ils sont √©gaux autrement que dans le sens qu’ils proviennent en d√©finitive de la m√™me source et que le m√™me Esprit Divin est loin √† l’arri√®re-plan chez tous. Mais s’ils sont pourtant √©gaux par leur origine et tendront √† redevenir √©gaux dans leur lointaine destination, ils ne sont pas √©gaux au cours de leur √©volution. Le groupe humain, en poursuivant la route qui lui est fix√©e, se disloque, et l’intervalle de ceux sont en t√™te et des tra√ģnards augmente √† mesure que la race avance. Mais ils sont tous un, reli√©s l’un l’autre et interd√©pendants : les meneurs, les guides, les ¬ę¬†gwyons¬†¬Ľ, doivent aider les retardataires.

C’est cette aide g√©n√©reuse des forts pour les faibles que nous appelons le d√©vouement chevaleresque.

La seconde vertu de la chevalerie, c’est le sentiment de fraternit√© internationale, battu en br√®che par un esprit nationaliste mal compris qui se manifeste au XIVe si√®cle pour ne s’√©branler qu’au XVIIIe. Nous le retrouvons, dans le renouveau des ann√©es 1715 √† 1790 o√Ļ l’aristocratie de l’esprit cherche √† faire progresser la soci√©t√© de l’√©poque.

Peu √† peu cependant, le sens de la communaut√© humaine p√©n√®tre les hommes qui, hier, s’ignoraient de village √† village¬†; malheureusement ce sentiment sera d√©form√© et, renon√ßant √† l’id√©al d’une aristocratie spiritualiste, s’√©garera dans les orni√®res de la d√©mocratie sociale et politique.

Disparue quand elle fut tenue en lisi√®re par les souverains ambitieux de leur seule gloire, la chevalerie peut rena√ģtre √† un moment o√Ļ le monde en g√©sine h√©site, comme au moyen-√Ęge, devant l’inconnu qu’il enfante. C’est l√† que les √©lites doivent accomplir leur mission et entra√ģner leurs fr√®res plus ignorants.

¬ę¬†Nous sommes aristocrates non pour jouir, mais pour oser¬†¬Ľ, √©crivait Renan qui ajoutait¬†: ¬ę¬†les gouvernements ne suffiront plus bient√īt √† l’administration¬†; les peuples se gouvernent par des exemples plut√īt que par des lois, et par les influences plus que par des injonctions¬†¬Ľ.

L’Esprit, comme le phenix qui rena√ģt de ses cendres, peut, quand il le voudra, inspirer √† nouveau les hommes de bonne volont√© qui ne p√®chent que parce qu’ils ne savent pas d√©penser leurs richesses.

Les philosophes jettent souvent au monde un cri d’alarme. Rappelons les paroles de notre cher Lecomte du Nouy, √©crivant dans L’homme et sa destin√©e¬†:

¬ę¬†Le v√©ritable progr√®s humain, celui qui peut se rattacher √† l’√©volution et qui la prolonge, ne peut consister que dans le perfectionnement et l’am√©lioration de l’homme lui-m√™me et non dans le perfectionnement des outils qu’il emploie ou l’accroissement de son bien-√™tre physique¬†¬Ľ.

¬ę¬†Cette derni√®re attitude, qui est celle des mat√©rialistes est insultante pour l’homme, parce qu’elle n√©glige syst√©matiquement les qualit√©s humaines les plus nobles, seules capables de lui assurer un bonheur digne de lui et sup√©rieur √† celui de la vache ruminante. L’homme peut aspirer √† des joies plus hautes que celles de ses anc√™tres animaux et ceux qui sont convaincus du contraire ‚ÄĒ ou qui pr√©tendent l’√™tre ‚ÄĒ sont √† plaindre s’ils sont de simples citoyens, et √† redouter s’ils sont des chefs. Ceux-l√† travaillent contre l’√©volution, contre la volont√© divine¬†; ils font le Mal¬†¬Ľ3.

Pour avoir perdu le Graal, nous avons trouv√© la bombe atomique. Que les meilleurs reprennent passage sur la blanche nef de Galaad pour que la paix et la puret√© conduisent les hommes vers le Verbe retrouv√©, vers l’√©ternelle Divinit√©.


La Création d'Adam de Michel-Ange

Les mains de Dieu

Quelqu’un m’a pos√© la question : parler des ¬ę¬†mains de Dieu¬†¬Ľ, des ¬ę¬†yeux de Dieu¬†¬Ľ, n’est-ce pas user d’un langage na√Įvement anthropomorphique, indigne de la grandeur que l’on pr√©tend c√©l√©brer ?

Objection justifi√©e : nous ramenons ainsi Dieu √† nous. Mais hors ces images charnelles, que nous reste-t-il ? Des concepts abstraits qui mettent en fuite tout le monde, sauf les philosophes. Remplit-on une √©glise avec des philosophes ? Et ceux-l√† m√™me nous feront observer que leurs s√©v√®res concepts entachent d√©j√† Dieu d’humanit√©¬†; que de toute fa√ßon une ¬ę¬†essence¬†¬Ľ qui d√©borde ainsi nos perceptions ne peut √™tre d√©sign√©e que par des mots n√©gatifs qui clament autant sa grandeur que notre impuissance √† la saisir : l’infinit√©, l’inaccessibilit√©, l’inconnaissance, l’immensit√©. C’est ce que les anciens appelaient le langage apophatique, destin√© √† voiler d’ombres son sujet : tout ce que nous pouvons savoir, c’est que nous ne pouvons rien savoir.

Qu’advient-il alors du Dieu qui d√©livre, parle et s’incarne ? Outre que sa grandeur ne se laisse gu√®re entrevoir en des mots si n√©gatifs, il nous a donner √† contempler moins cette grandeur que son amour. Or, l’amour met-il entre lui et nous la c√©cit√©, la surdit√©, les balbutiements et autres impotences que J√©sus a toujours gu√©ries chez ceux qui en √©taient afflig√©s¬†? Nous ne pouvons aimer l’amour sans les mots qui nous le rendent sensible. Laissons donc √† Dieu des mains pour enlacer les n√ītres, des yeux pour nous contempler, un sein pour nous porter, des l√®vres pour nous sourire et nous parler, un corps enfin pour s’exposer aux p√©rils de la charit√©, et qui sont les coups, les blessures et la mort. La Bible tout enti√®re, bien avant les hardiesses de l’incarnation, puise lib√©ralement dans le mat√©riel humain. Langage archa√Įque ? Non, langage d’amour : tous ces symboles expriment l’√©lan d’une piti√© sans bornes, et ce Dieu √† qui je pr√™te souffle et bouche m’annonce que je ne suis pas seul, perdu dans les vertige √©toil√© de la cr√©ation. Adam, au paradis, n’est pas perdu puisqu’il est fond√© par Dieu et somptueusement √©tabli. Il n’est pas seul, puisque la femme, aussi bien que Dieu, lui fait face avec sa s√©duction, sa r√©sistance, son art d’√™tre un autre, c’est-√†-dire d’√©tonner. Il v√©rifie le bonheur de n’√™tre pas que lui et de n’√™tre lui que sous le regard d’autrui¬†: consid√©r√©, re√ßu, transform√© dans l’effort m√™me qu’il fait pour le saisir et dans la certitude qu’il ne peut plus s’en passer.

Merveille que ce langage sensible qui formule les manques et suscite le d√©sir. D√®s lors, tout visage humain devient le symbole de Dieu et nous porte au seuil d’une sorte d’infini. L’id√©e de Dieu ne se cherche plus dans la contemplation solitaire et c√©r√©brale de l’¬ę √™tre ¬Ľ. Elle surgit dans l’accident de toute rencontre, d√®s que para√ģt quelqu’un, avec ses mains, sa face et ses yeux. Dans l’√Čvangile il y a plus hardi que la hardiesse de l’incarnation : c’est d’avoir dit que le plus lamentable des hommes, celui qui ne sugg√®re en rien la beaut√© divine et offre √† peine la qualit√© d’un homme, celui-l√† est le Christ1.

Gardons-les donc ces signes de notre na√Įvet√© que sont de tels symboles : ils disent Dieu √† travers nous et qui nous sommes √† travers Dieu.

Knight Horse and Sword, galerie Flickr de PROHartwig HKD

La Qu√™te aujourd’hui

La Qu√™te √† laquelle l’Ordre de Saint Joseph d’Arimathie invite ses membres se d√©finit comme ¬ę¬†la conqu√™te du coeur spirituel de l’homme¬†¬Ľ. Elle s’exprime naturellement au travers de la vie et des Ňďuvres de ceux qui se sont engag√©s √† la mener :

T√©moignage inlassable d’une recherche toujours renouvel√©e, toujours approfondie ;

D√©couverte toujours √©merveill√©e de la pr√©sence ineffable du vrai Dieu au coeur du monde, au coeur de notre vie, au coeur de nous-m√™mes ;

D√©couverte toujours nouvelle de la v√©rit√© de la Parole biblique : ¬ę¬†Je ne veux plus ni sacrifice, ni oblation …¬†¬Ľ¬Ľ, car les hommes ne communiquent plus avec Dieu par des rites et des sacrifices sanglants, mais rencontrent Dieu en eux-m√™mes quand ils vivent divinement leur vie d’homme ;

Affirmation toujours plus forte de la transcendance et de l’immanence de Dieu, en J√©sus-Christ, seul chemin pour √©viter l’√©vasion du monde r√©el et √©chapper au mal de la terre ;

Certitude toujours plus absolue que Dieu a voulu l’homme libre et qu’il est capable √† tout moment d’obtenir sa d√©livrance, c’est √† dire de recouvrer sa libert√© primordiale.

D√®s lors comment ne pas vouloir partager cette d√©couverte avec les autres et se demander : ¬ę¬†Que vais-je faire pour que le monde devienne plus juste et plus beau ?¬†¬Ľ

Ainsi la vocation de chaque homme est d’√™tre sauveur du monde par :

La Pensée pure, qui est concentration de la prière et de la foi.

La Parole pure, qui est l’intelligence vou√©e au discernement et √† la r√©alisation du plan divin.

L’Action pure, qui est l’engagement total de la vie dans ce combat.

De ce fait, se cr√©e une chevalerie mystique o√Ļ est v√©cu le seul sacrifice agr√©able au Dieu vivant en J√©sus-Christ, sacrifice int√©rieur et personnel de l’homme qui sanctifie sa pens√©e, sa parole, son action, pour participer √† la r√©alisation de l’avenir divin de l’homme.

[PhotoCC]

Joseph d’Arimathie

Joseph d'Arimathie, ic√īne contemporaine, M√®re AnastasiaDisciple de J√©sus, Joseph √©tait membre du Sanh√©drin, la plus haute assembl√©e religieuse et civile du peuple h√©breu, m√™me sous l‚Äôadministration romaine.

Son ralliement au Christ fut empreint de circonspection, et peut-√™tre croyait-il le servir mieux dans l‚Äôombre. Mais la peur dut √™tre pour quelque chose dans son attitude (√Čvangile selon saint Jean XIX,38). En tout √©tat de cause, Joseph √©tait un de ces hommes dont le courage attend, pour se manifester, les circonstances exceptionnelles. Lorsque le Sanh√©drin condamna le ma√ģtre √† mort, il fut, en effet, le seul (probablement avec Nicod√®me) √† montrer ouvertement son opposition, et non sans de s√©rieux risques (√Čvangile selon saint Luc XXIII,51).

Le Vendredi Saint, Joseph suivit le Christ au Calvaire et le vit expirer sur la Croix. Il se rendit ensuite chez Pilate et lui demanda le corps du Crucifié qu’il recueillit dans un linceul. Puis il lui donna sa propre sépulture, creusée dans une anfractuosité de rocher. Joseph d’Arimathie fut donc pour Jésus beaucoup moins le disciple de la dernière heure que celui dont la fidélité se révèle dans le plus extrême péril.

Au Moyen √āge, la figure de Joseph d‚ÄôArimathie inspira presque tous les romans de l‚ÄôHistoire du Graal. Il appara√ģt principalement dans le Roman de l‚Äôestoire dou Graal de Robert de Boron, √©crit entre 1191 et 1201, dans le Petit Saint-Graal et, avec une grande profusion de d√©tails, dans le Grand Saint-Graal premi√®re partie du cycle anonyme en prose du Lancelot-Graal. Compte tenu de variantes diverses, voici de cette l√©gende les √©pisodes dominants :

Joseph d‚ÄôArimathie, soldat au service de Pilate, demande √† celui-ci de lui donner le corps du Christ pour l‚Äôensevelir. L‚Äôayant obtenu, le disciple lave les blessures du Sauveur et recueille son sang dans le Graal, vase sacr√© qui servit lors de la derni√®re C√®ne. Le divin corps une fois enterr√©, on d√©couvre, trois jours plus tard, que la tombe est vide et les Juifs font emprisonner Joseph. A Rome, cependant, Vespasien, fils de l‚Äôempereur, qui est atteint de la l√®pre, ayant eu connaissance des miracles de J√©sus, envoie des √©missaires en Palestine aux fins de rapporter une relique. La relique gu√©rit Vespasien et, d√®s qu‚Äôil a connaissance de la mort ignominieuse de J√©sus, ce prince, pour punir les Juifs, fait mettre la Palestine √† feu et √† sang. Joseph, alors, sort de la prison, o√Ļ il s‚Äô√©tait nourri en s‚Äôabreuvant au Graal, puis, avec quelques familiers, se rend dans l‚ÄôOrient pour le convertir au christianisme. C‚Äôest alors que, pour la premi√®re fois, sont r√©v√©l√©es les vertus du saint Graal, en pr√©sence duquel seuls les cŇďurs purs se sentent envahis d‚Äôune f√©licit√© ineffable. Joseph et les siens se dirigent ensuite vers la Bretagne : c‚Äôest l√† que le Graal est conserv√©, dans le myst√©rieux ch√Ęteau de Corb√©nic o√Ļ les descendants de Joseph attendent l‚Äôhomme pur qui sera digne de le retrouver. Cet homme pur, si l‚Äôon se reporte aux versions les plus anciennes de la l√©gende, est le chevalier Perceval mais selon des textes plus r√©cents, il a nom Galaad, fils de Lancelot.

Joseph d‚ÄôArimathie, sans √™tre un personnage aussi typique que Merlin, assure la transition entre l‚Äôancienne √©pop√©e celtique et la tradition chr√©tienne. Mieux encore c‚Äôest gr√Ęce √† lui et aux mystiques √©pisodes de l‚Äôhistoire du Graal que le message chr√©tien venu de Rome a pris en France un caract√®re national. Joseph d‚ÄôArimathie contribua ainsi pour une grande part √† diffuser la religion chr√©tienne en Occident.

Introduction au Graal

Le Saint-Graal de la littérature médiévale européenne est l’héritier sinon le continuateur de deux talismans de la religion celtique préchrétienne : le chaudron du Dagda et la coupe de souveraineté. Ce qui explique que cet objet merveilleux soit souvent un simple plat creux porté par une pucelle.

Dans les traditions relatives aux chevaliers de la Table Ronde, il a le pouvoir d’offrir à chacun de ceux-ci le plat de viande qu’il préfère : son symbolisme rejoint ici celui de la corne d’abondance. Parmi ses innombrables pouvoirs il possède, outre celui de nourrir (don de vie), celui d’éclairer (illumination spirituelle), celui de rendre invincible Julius Evola, cité dans la symbolique maçonnique de Jules Boucher).

Hormis d‚Äôinnombrables explications plus ou moins d√©lirantes, le Graal a donn√© lieu √† des interpr√©tations diverses, correspondant aux niveaux de r√©alit√© auxquels se pla√ßait le commentateur, et dont Albert B√©guin r√©sume ainsi l‚Äôessentiel : Le Graal repr√©sente √† la fois, et substantiellement, le Christ mort pour les hommes, le vase de la Sainte C√®ne (c‚Äôest-√†-dire la gr√Ęce divine accord√©e par le Christ √† ces disciples), et enfin le calice de la messe, contenant le sang r√©el du Sauveur. La table sur laquelle repose le vase est donc, selon ces trois plans, la pierre du Saint-S√©pulcre, la table des Douze Ap√ītres, et enfin l‚Äôautel o√Ļ se c√©l√®bre le sacrifice quotidien. Ces trois r√©alit√©s, la Crucifixion, la C√®ne, l‚ÄôEucharistie, sont ins√©parables et la c√©r√©monie du Graal est leur r√©v√©lation, donnant dans la communion la connaissance de la personne du Christ et la participation √† son Sacrifice Salvateur.

Ce qui n’est pas sans rapport avec l’explication analytique de Jung pour qui le Graal symbolise la plénitude intérieure que les hommes ont toujours recherchée.

Mais la Qu√™te du Saint-Graal exige des conditions de vie int√©rieure rarement r√©unies. Les activit√©s ext√©rieures emp√™chent la contemplation qui serait n√©cessaire et d√©tourne le d√©sir. Il est tout pr√®s et on ne le voit pas. C‚Äôest le drame de l‚Äôaveuglement devant les r√©alit√©s spirituelles, d‚Äôautant plus intense qu‚Äôon croit plus sinc√®rement les rechercher. Mais on est plus attentif aux conditions mat√©rielles de la recherche qu‚Äô√† ses conditions spirituelles. La Qu√™te du Graal inaccessible symbolise, au plan mystique qui est essentiellement le sien, l‚Äôaventure spirituelle et l‚Äôexigence d‚Äôint√©riorit√©, qui seule peut ouvrir la porte de la J√©rusalem c√©leste o√Ļ resplendit le divin calice. La perfection humaine se conquiert, non pas √† coups de lance comme un tr√©sor mat√©riel mais par une transformation radicale de l‚Äôesprit et du cŇďur. Il faut aller plus loin que Lancelot, plus loin que Perceval, pour atteindre √† la transparence de Galaad, vivante image de J√©sus-Christ.

La Gnose chrétienne

Le mot Gnose est souvent employ√© dans les pages de ce site ; il ne faudrait pas penser √† un retour aux id√©es de Valentin et des po√®tes philosophes d’√Čgypte.

Le mot Gnose a ici un sens traditionnel, celui donn√© par Saint Cl√©ment d’Alexandrie dans ses Stromates.¬†On sait que ce P√®re de l’√Čglise connut les successeurs imm√©diats des Ap√ītres. ses enseignements √† ce titre sont pr√©cieux et nous apparaissent ce qu’ils sont v√©ritablement, comme une expression intellectuelle de la Tradition, du christianisme et de l’√Čglise.

Ces trois termes : Tradition, christianisme, √Čglise, sont uns dans la r√©alisation parfaite de la Connaissance. Par faiblesse spirituelle, nous envisageons plut√īt un terme que l’autre, et nous tombons successivement dans l’√Čsot√©risme qui est incomplet sans le Christ, dans le protestantisme qui est oublieux de la Tradition, dans le cl√©ricalisme qui n’est que la vision ferm√©e du christianisme ext√©rieur.

L’Ordre de Saint Joseph d’Arimathie a l’ambition de placer ses chevaliers √† la fois dans l’essence m√™me de la Tradition primordiale, dans le cŇďur du christianisme, et dans l’√Ęme de l’√Čglise ; ces trois √©l√©ments formant l’unit√© de toute vie vraiment spirituelle.

Louis VII et Henri II d'Angleterre

Fondement doctrinal

¬ę¬†Mirate la Dottrina¬†¬Ľ
Dante, Inferno, canto IX, 61.

L’Ordre de saint Joseph d’Arimathie est fond√© :

1¬į – Sur le Roc immuable de l’Absolu, c’est-√†-dire sur Dieu, sur la Cause sans cause, sur l’intelligence supr√™me, sur l’Au-del√† du Point adamantin autour duquel r√©volutionnent les mondes, sur le cŇďur de l’Absolu, sur l’Amour.

2¬į – Sur la Tradition primordiale qui r√©v√®le cet Absolu, enseigne la vie de cet Absolu dans l’√Čternit√©, dans la Nature et dans l’Homme ; les moyens de s’unir √† Lui, de jouir de sa Paix. Tradition qui a √©t√© r√©alis√©e compl√®tement par le Christ divin, lors de son Incarnation.

3¬į – Sur l’√Čvangile, c’est-√†-dire sur le Christ J√©sus, en tant qu’Acte de Dieu et R√©alisateur parfait de la Tradition primordiale.

4¬į – Sur le Saint-Esprit, Fruit de la venue du Verbe, Inspirateur de l’Ordre et Ma√ģtre de l’intelligence universelle.

5¬į – Sur la Fraternit√© universelle, les hommes √©tant tous enfants d’un m√™me P√®re ; autre forme sociale de la vie du Christ ou Charit√©.

6¬į – Sur la Communion des Saints ou √Čglise int√©rieure, relevant de la Cit√© d’Amour, sise dans le cŇďur de Dieu, dans l’√Čglise des rites, et √Ęme vivante de l’Ordre de saint Joseph d’Arimathie.

Ces six points doctrinaux forment un tout qu’il est impossible de d√©tacher les uns des autres sans d√©truire le fondement m√™me de l’Arche du Saint Graal, et entra√ģner sa dissolution.

  • Au premier point correspond :¬†le Surnaturel, la M√©taphysique vraie.
  • Au deuxi√®me : l’√Čsot√©risme traditionnel.
  • Au troisi√®me :¬†l’Amour divin r√©v√©lateur.
  • Au quatri√®me :¬†l’intelligence vivante int√©grale.
  • Au cinqui√®me :¬†la vie sociale et ses possibilit√©s de divinisation.
  • Au sixi√®me :¬†la vie sublime dans la lumi√®re de gloire.

De ces six points doctrinaux r√©alis√©s, dans l’esprit et dans l’acte, na√ģt la Connaissance ou Gnose divine.