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Parzival

Variantes : Perceval, Percevaus, Perlesvaus, Parsifal, Percyvelle.

Wolfram von Eschenbach, le plus grand poète allemand du Moyen Âge, a repris dans son Parzival (1197-1210 environ) la trame du poème composé par Chrétien de Troyes. Son héros, coupable et non coupable à la fois, comme les héros de la geste germanique antique, est devenu le premier « chercheur de Dieu » de la littérature allemande. Le pélerinage de Parzival commence dans la forêt de Soltane, lorsque l’enfant se tourne vers sa mère, Herzeloyde, et lui demande : « Mais, dis-moi maman, qui est Dieu ? » Au moment le plus tragique de sa vie quand, parvenu au faîte de sa gloire terrestre , il est soudainement frappé, à la cour du roi Arthur, par la malédiction de Cundrie (Kundry), la messagère du Graal, Parzival répète la même question : « Hélas, qui est Dieu ? »

Ce n’est point le doute métaphysique qui tourmente le héros mais le fait qu’il se demande si Dieu est vraiment tout-puissant. Si Dieu est le plus grand Bien et le maître suprême de l’univers, il n’aurait jamais permis que le chevalier pût être outragé de la sorte, lui qui a toujours été un serviteur plein de foi. Ou Dieu n’a pas pu, ou il n’a pas voulu le secourir. De là la haine et la révolte de Parzival contre une divinité fausse qui prétend obtenir des hommes une vénération et un culte impossibles à justifier si Dieu n’est pas toujours prêt à apporter son aide, sauvant ses fidèles en tous temps et en tous lieux. Dans cette aspiration de son héros vers la transcendance, Wolfram von Eschenbach a voulu représenter fortement le drame spirituel du germanisme au moment où le renouveau d’un sens tragique du destin considéré comme inéluctable menaçait de saper les bases mêmes des conceptions chrétiennes qu’on avait de la vie. On se rappelle que Parzival est contemporain de la Chanson des Nibelungen (XIIe-XIIIe siècle). Le poème de Wolfram von Eschenbach célèbre le plus grand miracle de la « charitas » : le révolté qui, dans son aveugle présomption, a osé provoquer la colère céleste et se proclamer l’ennemi de Dieu est conduit, après avoir longtemps erré, jusqu’au salut par une main invisible ; un Vendredi Saint, à l’époque où toute la nature refleurit alentour, il est illuminé par les exhortations de l’ermite Trevrizent qui reconnaît en lui son propre neveu. Il comprend les mystères de l’amour divin et peut ainsi reprendre sa place au milieu des autres chrétiens, il croit aussi à la vertu rédemptrice du sang versé sur l’autel de la Croix et devient digne de s’approcher du Graal. Ainsi le compromis entre la chevalerie et l’humanité peut être réalisé : de sorte que Parzival, après avoir fait taire en lui la voix de la pitié, la première fois qu’il était venu au château du Graal — ceci pour obéir au conseil judicieux de Gurnemanz qui lui avait appris à s’abstenir de toute question importune — peut, maintenant qu’il a retrouvé, avec l’état de grâce, le chemin de la terre de Muntsalvatsch, rejoindre le roi douloureux et lui poser la question capable de le délivrer de son mal. A l’heure des ténèbres et de la mort, le héros invincible n’a aucune défaillance. Dans le Saint Royaume dont l’unique loi est l’amour, le poète a placé aux côtés du nouvel Adam, Condwiramur, la nouvelle Ève, Herzeloyde, que ses souffrances surhumaines font comparer à la Vierge Marie. C’est ainsi qu’à la fin du poème est atteint le degré suprême de perfection auquel aspirait l’âme de cette époque : une pleine compénétration de l’humain et du divin, dont le symbole, le gage éternel est le saint Graal, la « pierre de paradis ».

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