Amfortas

Personnage du poème Parzival (1200-1216) – v. Perceval – de Wolfram von Eschenbach ainsi que du drame musical Parsifal ( 1882) de Richard Wagner. Il est le roi du Graal, le roi Pécheur (« Peschierre »), malade ou blessé du Perceval (v. 1175) de Chrétien de Troyes.

Figure au caractère psychologique complexe, perpétuellement partagée entre l’aspiration au divin et le souvenir du péché. Séduit par Kundry. dans le jardin des délices de Klingsor, dépouillé de la lance sacrée de Longin avec laquelle celui-ci transperça le flanc du Christ, et dont Klingsor blesse Amfortas, il souffre cruellement de cette blessure qui toujours saigne et encore davantage de son indignité lorsqu’il lui faut, marqué par ce stigmate de sa faute, accomplir le sublime office de roi du Graal.

La « similitude » inversée de sa blessure avec celle du Christ en croix est manifeste. Son cri d’agonie, incessant et inutile, fait penser à celui de Tristan. La douleur provoquée par cette plaie inguérissable est le symbole du repentir qui doit justement être constant et à la mesure du mal, une des caractéristiques les plus hautes de l’éthique chrétienne, si profondément vécue dans certains poèmes médiévaux. Le salut d’Arnfortas viendra seulement d’un chevalier très pur, qui selon la légende allemande est Parzival – v. Perceval – et selon les diverses légendes françaises Galaad, fils de Lancelot, lequel, redonnant la santé avec la lance même qui blessa, pourra rendre à l’esprit, après tant de ténebres, la paix définitive.

Reprenant le personnage dans son opéra Parsifal (1882), Richard Wagner fait d’Amfortas une victime schopenhauerienne de l’éternel désir : « Je souffre de mon désir, gémit le roi du Graal, et dans la souffrance je désire toujours … » Il y a ainsi une analogie profonde entre Amfortas et Tristan. L’un et l’autre oscillent sans cesse entre la vie et la mort. Amfortas aspire de tout son être à la mort et au pardon  mais il ne peut trouver la délivrance, parce que le culte du Graal le voue à l’immortalité. Cette figure prend par conséquent une valeur symbolique : Amfortas n’est plus seulement le pécheur, au sens chrétien du mot, il résume la contradiction essentielle de toute existence terrestre, il est l’image de l’humanité tout entière esclave du vouloir-vivre qui la perpétue dans la douleur. Amfortas évoque enfin comme un double de Wagner lui-même : il est l’homme qui a compris le divin, qui aspire à la sainteté par toutes les puissances supérieures de son être et demeure néanmoins esclave de ses passions.

A travers lui nous devinons le grand tourment de la vie privée du musicien qui aurait voulu pouvoir se donner sans réserves à son idéal et à son œuvre, mais chez qui l’exaltation créatrice, par suite d’un tempérament trop nerveux, dégénérait souvent en crises érotiques. Le personnage d’ Amfortas présente d’autre part l’intérêt de nous initier aux idées religieuses auxquelles s’était rallié Wagner à la fin de sa vie : l’effacement du roi du Graal devant Parsifal représente le thème de la « rédemption pour le rédempteur » : Amfortas fait ainsi penser à l’Église, devenue indigne, à la suite de ses compromissions avec le monde, de célébrer le mystère du Christ, et appelée, dans la pensée wagnérienne influencée peut-être par Gobineau, à céder la place au nouveau rédempteur aryen, transfiguré par la « doctrine de la régénération ». Le sommet musical du rôle d’Amfortas, tenu par un baryton, est dans les fameuses plaintes du ler acte.


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