Gundestrup Cauldron
Le chaudron de Gundestrup, chaudron datant du Ier siècle av. J.-C. retrouvé en 1891 dans une tourbière du Jutland au Danemark. Il est parcouru de nombreux motifs illustrant la mythologie celte, telles qu'une représentation de Cernunnos, une autre de Taranis, une encore d'un dieu ou d'un géant plongeant des guerriers morts dans un chaudron afin de les ressusciter.

Les Celtes : 5000 ans d’histoire

C’est aux environs du troisième millénaire avant J.-C. qu’apparaissent les Celtes en Europe. Branche occidentale de la famille indo-européenne, ils y pénètrent d’abord par l’Est et le Sud-Est. Ils y trouvent, bien sûr, des populations autochtones, les Ligures, de qui ils reçoivent en héritage, pêle-mêle, des techniques (travail du bois et de la pierre, agriculture, interdit porté, semble-t-il, contre l’écriture comme défi à l’éternel retour de la mouvance divine), une religion au riche et vaste panthéon, une tradition sociale qui privilégie de façon frappante le rôle de la femme – et enfin l’énigmatique civilisation des mégalithes qui remonte sans doute à la nuit des temps, et que les Ligures eux-mêmes ont héritée d’autres peuplades.

Dolmens, menhirs, cromlechs, alignements : tous ces étranges monuments, datant probablement des environs de 5000 av. J.-C., plantent le décor de la liturgie celtique. Peut-être les Druides eux-mêmes, grands prêtres des mégalithes, ont-ils puisé leur sacerdoce dans un lointain passé pré-celtique ?

Les fouilles permettent de déterminer que, dès 1200 avant J.-C., la Suisse, une partie de l’Allemagne et de la Gaule, la Catalogne et l’Italie du Nord, étaient occupées par les Celtes. C’est donc de cette époque que l’on peut dater avec certitude leur émergence en Europe.

Expansion et déclin

A partir de ce bref survol de la préhistoire celtique, on comprend à quel point les doctrines politiques et philosophiques qui, au XXe siècle, se réclamèrent d’un prétendu « berceau » de la race celte, reposent sur des bases absurdes.

Ce qui est en revanche certain, c’est que, implantées en Europe, les différentes peuplades celtes vont déferler sur tout le continent, jusqu’à étendre (à leur apogée, vers 250 av. J.-C.) leur « territoire » de l’Irlande à la Turquie et du Portugal au Danemark…

C’est d’abord l’Asie Mineure, les Balkans, la vallée du Danube qui, à la fin du VIIIe siècle, sont « conquis » par les cavaliers cimmériens qui imposent aux autochtones, égalitaires et collectivistes, des structures sociales nouvelles, fondées sur l’existence d’une caste aristocratique de cavaliers armés de l’épée de fer.

Ainsi naît la civilisation du premier âge du fer (ou « civilisation de Hallstatt », du nom d’un lieu de fouilles autrichien) qui couvrira, au Ve siècle, l’Allemagne, la Gaule, la Péninsule ibérique et les îles britanniques.

La classe militaire dominante est organisée autour de chefs pour qui sont construites des résidences fortifiées (« oppida ») et à qui est rendu un culte funéraire particulièrement spectaculaire.

Le deuxième âge du fer apparaît vers 500 av. J.-C. sous la pression des Scythes. Leur sang neuf, barbare et guerrier, favorise l’éclosion de traditions originales. De l’Europe orientale à l’Asie centrale et à l’Iran, apparaît un art inédit dont les Gaulois hériteront. Ainsi la fameuse « braie », pantalon long des peuples de cavaliers, vient-il sans doute des guerriers scythes.

Dès lors, la dynamique de l’expansion va jeter les Scythes aux quatre coins de l’Europe. Rome sera même prise et incendiée en 385 av. J.-C. ! Au-delà du Rhin, apparaissent de nouvelles peuplades celtes que l’on regroupe sous le nom de « Belges ». Ceux-ci descendront jusqu’en Italie vers 283, seront refoulés par les Romains, reflueront jusqu’à l’actuelle Yougoslavie, puis envahiront la Macédoine avant de reculer jusqu’à l’actuelle Belgrade, puis déferleront à nouveau jusqu’en Asie Mineure où ils fonderont – dans la Turquie actuelle – le royaume des Galates qui existait encore du temps de Saint-Paul ! Une autre branche des Belges passera, au IIe siècle av. J.-C., en Angleterre.

Dès cette époque, étendus sur un immense territoire, les Celtes constituent, face à la civilisation gréco-latine, la plus riche et la plus solide des civilisations barbares. Mais ils ont atteint leur apogée. Au cours du 1er siècle, sous les coups conjugués des Romains, qui conquièrent l’Espagne puis la Gaule, et des Germains qui ravagent l’Europe jusqu’à la vallée du Pô, la civilisation celtique décline rapidement. La « pax romana » triomphante fait table rase de traditions millénaires et poursuit, jusqu’en Angleterre (dont la conquête est achevée en 84 de notre ère, sous Domitien) les restes d’un monde agonisant.

Seules une partie de l’Ecosse et la totalité de l’Irlande échapperont à cet écrasement imposé par l’ordre romain …

Une permanence culturelle

Au cours des siècles qui suivent, la Grande-Bretagne va abriter des bribes de la civilisation celtique qui vont survivre au milieu d’un monde en plein bouleversement. Durant le Ve siècle, les îles britanniques se soulèvent contre Rome. Immédiatement, réapparaissent des royaumes indépendants gouvernés par des princes celtiques. A la même époque, des Celtes du Pays de Galles et du Sud-Ouest de l’Angleterre immigrent en Armorique, où quatre nouveaux royaumes celtiques sont fondés.

C’est la renaissance du « phénix » celte, dont on retrouvera bientôt l’incarnation mythique dans les romans du cycle arthurien …

Convertis tardivement au christianisme (au Ve siècle), les Irlandais en deviennent très vite les plus ardents missionnaires, allant jusqu’à fonder des monastères « irlandais » sur le continent, et à essaimer jusqu’en Ukraine. Ainsi, battue par les armes, la civilisation celtique survit en s’appropriant la nouvelle religion.

La chute des royaumes celtiques

Mais les royaumes où demeurent des fragments de cette antique civilisation vont, peu à peu, pâtir du grand mouvement centralisateur qui sévit en Europe dès la fin du Moyen-Age. En 1532, la Bretagne est réunie au Royaume de France. En 1536, le Pays de Galles est incorporé autoritairement à l’Angleterre par Henri VIII. Quant à l’Écosse, elle est réunie dès 1609 à la GrandeBretagne. La répression contre le particularisme écossais sera telle qu’en 1746, on pendra un joueur de cornemuse, coupable d’avoir détenu chez lui cet instrument de musique, symbole de la résistance aux Anglais !

Toutes ces conquêtes ne se sont pas faites sans verser du sang. Mais c’est certainement en Irlande que la résistance au « colonisateur » anglais sera la plus violente – et bien sûr, consécutivement, la répression y sera souvent atroce.

Pour écraser les soulèvements des Irlandais qui refusent de se rallier à la Réforme, Cromwell adopte la « solution définitive » de la déportation : les autochtones sont chassés de leurs terres au profit de nouveaux colons anglais.

Durant tout le XVIIIe et tout le XIXe siècle, la situation ne cessera de s’aggraver : tandis que la Grande-Bretagne accentue sa pression, les Irlandais durcissent leurs positions, nourrissant leur sentiment national menacé en conservant précieusement les souvenirs – en particulier linguistiques – de la civilisation gaélique.

Enfin, en 1920, l’Irish Government Act tranche à vif dans ce douloureux problème : l’Irlande est coupée en deux. Au sud, vingt-six comtés obtiennent leur indépendance (l’Eire), tandis que six autres comtés, au nord, demeurent.dans le Royaume-Uni et constituent l’Ulster.

Tandis que l’Ulster connaît toujours un climat de semi-guerre civile permanente, l’Eire ne cesse de revendiquer la totalité du territoire de l’île.

C’est l’Eire qui, en 2017, représente l’ultime bastion celtique – dernier souvenir d’une civilisation qui, à travers mille vicissitudes, est parvenue à traverser les siècles.

[PhotoCC]