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J’ai besoin de tous ces saints…

Entre nous et le Christ combien peu de génération finalement ! Si nos pères dans la foi avaient tenu un carnet de bord, il serait relativement aisé de remonter le courant du fleuve qui, sorti du Crucifié, s’est engouffré en nous au baptême. Qu’il serait passionnant de pouvoir retrouver, et atteindre, l’ultime racine de notre arbre de vie !

Le prêtre qui me baptisa, et que j’ai bien connu, fut baptisé en 1916, ce baptême il l’avait reçu d’un prêtre baptisé en 1852, ce dernier avait été baptisé en 1814. En deux ou trois lignes je viens de parcourir deux siècles, de remonter bien loin le courant du fleuve baptismal. Que ne puis-je, faute de documents, rejoindre la source, remonter à cet homme, Pierre, Jacques, Jean ou André, qui connut Jésus et vit jaillir la source de vie sur la croix.

S’inscrire dans la longue lignée des chrétiens c’est se situer en vérité. Nul ne peut se dire chrétien si ce n’est en Église. Pour un chrétien la vie n’est pas un filet d’eau jailli du néant avant de s’y perdre à nouveau. En chacun de nous, du Christ au dernier des chrétiens qui vivra sur la terre, a coulé, coule et coulera le même fleuve de vie que nous savons éternel, la vie du Christ à laquelle nous participons étant celle de Dieu même.

A travers l’espace et le temps…

L’Église, c’est le corps du Christ à travers le temps et à travers l’espace. Réduire l’Église à sa dimension horizontale c’est la tronquer. On ne doit pas séparer les branches du tronc, les membres de la tête, un membre des autres membres. A ceux qui rêveraient de vivre leur vie sans tenir compte de ceux qui, maintenant près de Dieu, vivent de la même vie que la leur on ne pourrait que dire avec tristesse : N’oubliez pas que « vous êtes le corps du Christ, vous êtes le sang du Christ ! Qu’avez-vous fait de lui ? »

Saint Paul le rappelait déjà aux chrétiens de Corinthe : « Frères, n’oubliez pas que vous êtes le corps du Christ et membre chacun pour votre part » (1 Co 12, 27). « Tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps. » (1 Co 12, 12)

La foi seule peut rendre compte de ce mystère. Le lien qui nous unit au Christ et entre nous est son Esprit, son amour, sa vie. L’Église n’est pas seulement, n’est pas d’abord un corps constitué, elle est ce qu’elle est, le corps du Christ, et elle ne l’est que parce que le même souffle vital anime chacun de ses membres. De même, dit saint Irénée, « Que Dieu a confié son souffle à la chair qu’il a modelée pour que tous les membres du corps en reçoivent la vie, de même a-t-il confié son Esprit à l’Église ». Adhérer à ce regard de foi est à la fois prendre conscience de notre dépendance mutuelle et de notre totale liberté. Dieu n’est Dieu que parce qu’il est trois en son unité. Le père est une personne à part entière et de même le Fils et l’Esprit… il n’y a qu’un seul Dieu. Chacun de nous est une personne à part entière, mais nous sommes Un, animés que nous sommes par le même esprit qui fait des trois personnes divines un seul Dieu. C’est de la bouche même de Jésus que Jean a entendu ces paroles qui fondent notre foi : « Celui qui croit en moi de son sein couleront des fleuves d’eaux vives. »

Mon espérance…

Aucun de nous n’est seul face à son destin. Aucun de nous n’est grain de poussière emporté par le vent. L’Esprit de Dieu est un ciment indestructible. Le Christ est la pierre d’angle, la pierre de fondation, nous sommes, nous, les pierres vivantes, vivantes de la vie même de Dieu. Puis-je avouer que seule cette vérité de foi est la source de mon espérance. Quand me visite la tristesse, quand la violence des hommes m’ébranle, que me taraude l’inquiétude ou le doute, quand il m’arrive en ma faiblesse et en mon tremblement de frôler le mur où buterait mon espérance, j’aime à me redire l’affirmation de saint Paul : « Vous n’êtes pas des étrangers ni des hôtes de passage, vous êtes, ne l’oubliez jamais, les concitoyens des saints. » Le même apôtre ira jusqu’à dire : « Vous êtes de Dieu », c’est-à-dire, tous qui que vous soyez, êtes vivant de la vie même de Dieu.

L’histoire de l’Église devrait nous être familière. Histoire de ce monde de pécheurs auquel nous appartenons, histoire de tant et de tant de lâchetés et de crimes, mais aussi histoire de tant de grâces et de tant d’amour. L’histoire de l’Église est notre histoire, celle de notre passé mais aussi celle de cet aujourd’hui où nous ajoutons à la passion du Christ pour ces membres que que sont l’Église d’aujourd’hui en communion vitale avec les membres qui, hier, comme nous, cheminèrent sur notre terre et aujourd’hui intercèdent pour nous.

Sans icônes, une église serait vide

Si j’aime peu l’expression « culte des saints », « dévotions aux saints », j’aime celle de « communion des saints ». Oui, j’aime avec tendresse ces hommes et ces femmes, qu’ils soient canonisés ou non, peu importe, qui ayant achevé leur course terrestre, ont atteint le but vers lequel je tends. Ils sont membres de mon corps. J’ai besoin de ces membres comme ils ont besoin de moi pour que leur action de grâces soit parfaite.

Les statues de plâtre de nos églises, œuvres d’un siècle décadent, ont disparu. Qui le regretterait ? Elles avaient pris la place d’œuvres sculptées avec art et foi, leur seule présence imposait un message de certitude et d’espérance. Je souhaite qu’à nouveau le peuple de Dieu qui nous précéda soit rendu sensiblement présent en nos temples : statues, fresques, vitraux, peu importe. Une église sans icônes est une église désertée. Mais ce qui compte ce ne sont pas ces reflets, ce sont nos vies adorantes, priantes et agissantes proclamant avec les anges et tous les saints la gloire de Dieu, chantant d’une seule voix la sainteté du Dieu vivant en nous et par nous.


Crédit photoCreative Common

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