Joseph d’Arimathie

Joseph d'Arimathie, icône contemporaine, Mère AnastasiaDisciple de Jésus, Joseph était membre du Sanhédrin, la plus haute assemblée religieuse et civile du peuple hébreu, même sous l’administration romaine.

Son ralliement au Christ fut empreint de circonspection, et peut-être croyait-il le servir mieux dans l’ombre. Mais la peur dut être pour quelque chose dans son attitude (Évangile selon saint Jean XIX,38). En tout état de cause, Joseph était un de ces hommes dont le courage attend, pour se manifester, les circonstances exceptionnelles. Lorsque le Sanhédrin condamna le maître à mort, il fut, en effet, le seul (probablement avec Nicodème) à montrer ouvertement son opposition, et non sans de sérieux risques (Évangile selon saint Luc XXIII,51).

Le Vendredi Saint, Joseph suivit le Christ au Calvaire et le vit expirer sur la Croix. Il se rendit ensuite chez Pilate et lui demanda le corps du Crucifié qu’il recueillit dans un linceul. Puis il lui donna sa propre sépulture, creusée dans une anfractuosité de rocher. Joseph d’Arimathie fut donc pour Jésus beaucoup moins le disciple de la dernière heure que celui dont la fidélité se révèle dans le plus extrême péril.

Au Moyen Âge, la figure de Joseph d’Arimathie inspira presque tous les romans de l’Histoire du Graal. Il apparaît principalement dans le Roman de l’estoire dou Graal de Robert de Boron, écrit entre 1191 et 1201, dans le Petit Saint-Graal et, avec une grande profusion de détails, dans le Grand Saint-Graal première partie du cycle anonyme en prose du Lancelot-Graal. Compte tenu de variantes diverses, voici de cette légende les épisodes dominants :

Joseph d’Arimathie, soldat au service de Pilate, demande à celui-ci de lui donner le corps du Christ pour l’ensevelir. L’ayant obtenu, le disciple lave les blessures du Sauveur et recueille son sang dans le Graal, vase sacré qui servit lors de la dernière Cène. Le divin corps une fois enterré, on découvre, trois jours plus tard, que la tombe est vide et les Juifs font emprisonner Joseph. A Rome, cependant, Vespasien, fils de l’empereur, qui est atteint de la lèpre, ayant eu connaissance des miracles de Jésus, envoie des émissaires en Palestine aux fins de rapporter une relique. La relique guérit Vespasien et, dès qu’il a connaissance de la mort ignominieuse de Jésus, ce prince, pour punir les Juifs, fait mettre la Palestine à feu et à sang. Joseph, alors, sort de la prison, où il s’était nourri en s’abreuvant au Graal, puis, avec quelques familiers, se rend dans l’Orient pour le convertir au christianisme. C’est alors que, pour la première fois, sont révélées les vertus du saint Graal, en présence duquel seuls les cœurs purs se sentent envahis d’une félicité ineffable. Joseph et les siens se dirigent ensuite vers la Bretagne : c’est là que le Graal est conservé, dans le mystérieux château de Corbénic où les descendants de Joseph attendent l’homme pur qui sera digne de le retrouver. Cet homme pur, si l’on se reporte aux versions les plus anciennes de la légende, est le chevalier Perceval mais selon des textes plus récents, il a nom Galaad, fils de Lancelot.

Joseph d’Arimathie, sans être un personnage aussi typique que Merlin, assure la transition entre l’ancienne épopée celtique et la tradition chrétienne. Mieux encore c’est grâce à lui et aux mystiques épisodes de l’histoire du Graal que le message chrétien venu de Rome a pris en France un caractère national. Joseph d’Arimathie contribua ainsi pour une grande part à diffuser la religion chrétienne en Occident.