Introduction au Graal

Le Saint-Graal de la littérature médiévale européenne est l’héritier sinon le continuateur de deux talismans de la religion celtique préchrétienne : le chaudron du Dagda et la coupe de souveraineté. Ce qui explique que cet objet merveilleux soit souvent un simple plat creux porté par une pucelle.

Dans les traditions relatives aux chevaliers de la Table Ronde, il a le pouvoir d’offrir à chacun de ceux-ci le plat de viande qu’il préfère : son symbolisme rejoint ici celui de la corne d’abondance. Parmi ses innombrables pouvoirs il possède, outre celui de nourrir (don de vie), celui d’éclairer (illumination spirituelle), celui de rendre invincible Julius Evola, cité dans la symbolique maçonnique de Jules Boucher).

Hormis d’innombrables explications plus ou moins délirantes, le Graal a donné lieu à des interprétations diverses, correspondant aux niveaux de réalité auxquels se plaçait le commentateur, et dont Albert Béguin résume ainsi l’essentiel : Le Graal représente à la fois, et substantiellement, le Christ mort pour les hommes, le vase de la Sainte Cène (c’est-à-dire la grâce divine accordée par le Christ à ces disciples), et enfin le calice de la messe, contenant le sang réel du Sauveur. La table sur laquelle repose le vase est donc, selon ces trois plans, la pierre du Saint-Sépulcre, la table des Douze Apôtres, et enfin l’autel où se célèbre le sacrifice quotidien. Ces trois réalités, la Crucifixion, la Cène, l’Eucharistie, sont inséparables et la cérémonie du Graal est leur révélation, donnant dans la communion la connaissance de la personne du Christ et la participation à son Sacrifice Salvateur.

Ce qui n’est pas sans rapport avec l’explication analytique de Jung pour qui le Graal symbolise la plénitude intérieure que les hommes ont toujours recherchée.

Mais la Quête du Saint-Graal exige des conditions de vie intérieure rarement réunies. Les activités extérieures empêchent la contemplation qui serait nécessaire et détourne le désir. Il est tout près et on ne le voit pas. C’est le drame de l’aveuglement devant les réalités spirituelles, d’autant plus intense qu’on croit plus sincèrement les rechercher. Mais on est plus attentif aux conditions matérielles de la recherche qu’à ses conditions spirituelles. La Quête du Graal inaccessible symbolise, au plan mystique qui est essentiellement le sien, l’aventure spirituelle et l’exigence d’intériorité, qui seule peut ouvrir la porte de la Jérusalem céleste où resplendit le divin calice. La perfection humaine se conquiert, non pas à coups de lance comme un trésor matériel mais par une transformation radicale de l’esprit et du cœur. Il faut aller plus loin que Lancelot, plus loin que Perceval, pour atteindre à la transparence de Galaad, vivante image de Jésus-Christ.