Kundry

samedi 27 février 2010
par  NeOrbe
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Ce personnage d’enchanteresse qui figure dans l’opéra de Richard Wagner Parsifal (1877-82), a des antécédents dans les deux oeuvres médiévales, le Perceval de Chrétien de Troyes et le Parzival de Wolfram von Eschenbach, qui servirent de sources à l’oeuvre du grand musicien allemand. On la rapprochera en particulier de la « hideuse demoiselle » à la mule dont Chrétien nous décrit les petits yeux de rat, le nez de singe, les oreilles d’âne, les dents qui semblaient des jaunes d’oeufs, la barbe de bouc et la poitrine bossue. De même la Kundry de Wolfram correspond au type traditionnel de la sorcière. On peut ainsi mesurer l’ampleur de la métamorphose que Wagner a fait subir au personnage. Dans l’opéra, l’enchanteresse Kundry s’élève au rang de symbole universel.

Ayant toujours vécu, sous mille formes, dans toutes les femmes qui ont poussé l’homme au péché, jadis Hérodiade faisant exécuté Jean-Baptiste qui l’avait insultée ou femme impie raillant les souffrances du Christ en croix, Kundry est la luxure, le « vampire de volupté », la « rose de l’enfer » - la personnification de l’Éternel Féminin et de l’ivresse douloureuse du désir. Mais Wagner ne s’est pas contenté d’approfondir dans un contexte romantique les données légendaires. Son originalité est d’avoir confondu en un seul personnage la séductrice esclave de Klingsor et la fabuleuse et sauvage messagère du Graal. Ainsi le caractère de Kundry, tel qu’il se présente dans « Parsifal », traverse-t-il tous les états possibles de l’âme féminine, depuis la sensualité élémentaire et païenne jusqu’à la nostalgie de l’amour suprême, fait de sacrifice et de compassion, que sanctifie le christianisme. Dominée par la puissance démoniaque de Klingsor, Kundry se révolte ; elle devient alors la pénitente douloureuse qui, enlaidie à plaisir, vêtue comme une pauvresse, se glisse chez les chevaliers de Montsalvat pour les servir comme une esclave, les soigner de ses baumes, accomplir pour eux des missions extravagantes. Accès de demi-repentir, sans doute impuissants, car toujours vient l’heure où Kundry, saisie d’un sommeil léthargique, doit retomber sous l’emprise de Klingsor et de la luxure. Cependant, jusque dans la folie des sens, c’est encore le signe de l’amour divin et de la rédemption qu’elle recherche, voluptueuse et désespérée, passionnée et passive, incarnation de la tragédie de l’amour humain enchaîné au désir par son espoir même d’un salut. Baptisée par Parsifal, Kundry reste néanmoins beaucoup plus schopenhauérienne que chrétienne et la mort seule, non la grâce, peut lui apporter la délivrance. Ce personnage, dont le rôle est tenu par un soprano, est désigné par un leitmotiv qui reparaît dans les préludes de l’acte II et de l’acte III.


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